*Ce récit peut être entendu dans tavernes, les Maisons nobles ou bourgeoises qui accueillent un conteur pour la nuit, il n'est pas forcément relaté par une jeune femme à la mèche rouge, après tout, les récits sont faits pour voyager n'est-ce pas ?*
Entendez et appréciez,
Nobles Sires et Dames,
Comment d'un fléau s'est débarrassé
Le Grand Jansen à la vive Lame.
Dans les Campagnes du Leanbruunois
Un pauvre gardien de chèvre se lamentait.
Depuis un moment un destin funeste
Frappait nuit après nuit ses pauvres biquettes.
La campagne, sachez-le Damoiseaux et damoiselles
Sires et Dames pour qui je chante cette ritournelle,
N'a de calme que l'apparence,
Et promet maints danger à ceux pris d'errance.
Notre Chèvrier, qui s'appelait Seguin
Ne comptait que manque à chaque matin.
Malgré ses efforts il lui fallait l'admettre,
Ses Chèvres chéries par les loups en pièces se faisaient mettre.
Par une matinée où les ravages il constatait,
Un homme son terrain vint à traverser.
Il avait allure fière, le port altier,
Le regard vif et le poignet assuré.
Devant le Sieur Seguin en plein désarrois
Il prêta oreille à ses émois.
"Une meute de loups monseigneur !
voilà ce qui me fait perdre mon beurre !
Mes pauvres chèvres toute sans défense
Finissent chaque nuit dans ces voraces panses !
Ils sont menés pour notre plus grand malheur
Par un monstre qui nous paralyse de peur.
Haut de cinq pieds, l'haleine fétide
Les crocs longs comme des lames fines
Les griffes qui d'un coup la peau lacèrent
Les dents qui avec force les os déchiquètent."
Il n'en fallait pas plus pour que le fier guerrier
Tourne le regard vers la lande désolée.
Suivant la piste ensanglantée
Des pauvres chèvres éviscérées,
Jansen Vive Lame prudemment vers l'antre des bêtes avança.
Il pria les Dieux afin qu'ils l'aidassent
Et sur les carnivores repus se rua.
Car non content d'être vif du poignet,
Le Fier Jansen avait aussi un esprit avisé.
Les loups aussi nombreux fussent-ils
La panse pleine avaient pattes fébriles
Jansen de-ci les gorges trancha,
Virevoltant de-là les monstres éventra.
Il eu tôt fait de mettre la meute en déroute,
Ceux-ci pour un moment les pâtures laisseront sans doute.
Il n'en avait pas fini pour autant,
Du fond de la tanière lui vint un sourd grondement.
Pointant sa truffe tout en crocs de bave dégoulinant
Apparu le chef de meute, le fléau des bergers
Il avançait, voyant son repas dans le guerrier.
Jansen affirma la prise sur sa lame effilée,
Serrant fermement la poignée ouvragée.
Il voyait les dents de la Bête,
Il la sentait prête,
Et elle s'élança sur sa proie
Le choc fit frémir les arbres d'effroi,
La gueule sur le bouclier se ferma,
Du bras de Jansen elle l'arracha.
Le Guerrier avait cette furie anticipé
Et d'un subterfuge avait usé.
Le bouclier dans la gueule resta coincé,
La Bête secouant la tête pour s'en débarrasser.
Jansen chargea dans un cri de défi
Et lui transperça le coeur de sa fidèle amie.
Le monstre foudroyé s'écroula.
Sa meute les pâtures désormais ne ravagera.
Jansen Fine Lame le monstre a terrassé,
Le Chèvrier Seguin peut en témoigner
Preuve en est la tête de loup qui désormais orne
La salle du village de son regard morne.
Le sieur Jansen parcourt toujours la lande
Sa fidèle lame au côté ardente.
Il se peut que vous le croisiez,
Mais de ceci ne l'entendrez se vanter.
Ce fut nobles Sires et nobles Dames,
La Geste de Jansen et de la Bête.
Récit que nous avons en cette soirée
Eu le plaisir de vous conter.